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Histoires Vraies dans «L'histoire Très Ordinaire de Rachel DuPree »

Rachel et Isaac DuPree, les personnages principaux, sont sortis tout droit de mon imagination. Mais une grande partie du roman n’a pas pris source dans mon imagination: elle a été inspirée par des conversation fortuites avec des inconnus, ou par quelque chose que j’avais lu -un passage de journal intime ou un essai. Certaines parties du roman, comme la première phrase du récit, ont été inspirées par un poème.

Je revois notre Liz, assise sur une planche, se balançant au-dessus du puits.

Cette phrase ne figurait nulle part dans mes premières ébauches. Au lieu de cela, le roman commençait par une scène où Rachel était dans son jardin, dont les plantes se flétrissaient sous le soleil. Je suis alors tombée par hasard sur un court poème écrit par une femme. Lorsqu’elle était petite, son père l‘avait fait descendre au fond d’un puits pour y puiser de l’eau. Il avait fait ça malgré sa terreur. Il l’avait fait parce qu’il y était obligé. À cause de la sécheresse, le niveau d’eau était trop bas pour remplir le seau.

La découverte de ce poème, court mais intense, a enflammé mon imagination. J’ai récrit le premier chapitre en éliminant la scène initiale au jardin. J’ai créé une Liz terrifiée, un Isaac résolu et une Rachel ambigüe. Cette scène donne le ton à tout le roman.

* * *

[Liz] s’était peut-être cachée dans les toilettes, pensant que ce serait le dernier endroit où je la chercherais… Les filles savaient parfaitement qu’elles ne devaient jamais s’y rendre seules.

En 1917, les toilettes modernes était courantes dans les maisons bourgeoises des grandes villes. Aux Badlands, toutefois, les sanitaires modernes étaient rares et la plupart des familles disposaient de latrines à l’extérieur. Je n’y pensais guère en écrivant Rachel DuPree; c’était comme ça, c’est tout. Mais cela a changé lors d’une conversation avec une vieille femme. Elle m’a raconté que sa mère se faisait du mauvais sang à cause des latrines et y accompagnait toujours ses petits enfants.

« Pourquoi, » ai-je demandé.

« Elle avait peur que nous tombions dedans, » m’a-t-elle dit. Elle continua en expliquant que beaucoup de latrines avaient deux orifices, l’un pour les enfants et l’autre pour les adultes. Sa mère avait peur que ses enfants glissent par accident et tombent dans la plus grande des ouvertures.

C’était une pensée terrifiante et bien que, comme la plupart des appréhensions, elle n’était pas cent pour cent rationelle, elle touchait une corde sensible. Même le quotidien le plus trivial pouvait se révéler dangereux. Il fallait toujours rester sur ses gardes. Si cette femme s’était fait du mauvais sang à cause des latrines, il était fort possible que Rachel, mère de cinq enfants, s’en soit fait aussi. J’ai relevé quelques remarques fortuites au cours d’une conversation, et je les ai utilisées au Chapitre Cinq afin de montrer le poids des responsabilités pesant sur Rachel.

* * *

« Ouais.» [a dit John] Et avant d’aller nous coucher, on a entendu tout un tas de coups de tonnerre, alors qu’on était assis à la table de la cuisine, et tout à coup une boule de feu est descendue par le conduit de la cuisinière.

Une conversation accidentelle est à l‘origine de cette scène, au Chapitre Onze. J’étais aux Badlands, en train de charger mes bagages dans ma voiture, et je m’apprêtais à quitter le motel où j’avais passé quelques jours à faire des recherches pour le roman. Un autre couple chargeait aussi leur voiture. On s’est tous salué, et l’homme m’a dit qu’il était né et avait été élevé dans l’ouest du Dakota du Sud. J’ai mentionné que j’étais en train d’écrire un roman sur les Badlands. Il m’a dit qu’il avait une histoire à me raconter.

J’ai sorti mon crayon et mon bloc-notes.

Il était gamin, m’a-t-il raconté, lorsqu’un soir, une grosse tempête était passée. Sa famille et lui étaient assis dans la cuisine éclairée aux bougies. Le tonnerre grondait, il pleuvait à torrents et des éclairs fulgurants illuminaient la cuisine. Sa petite sœur pleurait, m‘a-t-il-dit. Tout d’un coup, une boule de feu encerclée d’étincelles voltigeantes était descendue par le tuyau de la cuisinère. La boule de feu avait tourné autour de la cuisinière en crépitant et en grésillant. Avant que quiconque ait le temps de réagir, la boule de foudre était remontée dans le tuyau de la cuisinère, et elle avait disparu.

« Disparue? » ai-je dit.

« Une boule de foudre, » a-t-il dit « Elle est venue et elle est repartie, juste comme ça. » Il a regardé mon bloc-notes. « Mettez-ça dans votre roman. »

C’est ce que j’ai fait.

* * *

Il me rappelait mes années d’écolière, quand j’avais récité la première partie de ce poème [“Hiawatha”] devant ma classe.

Alors Isaac m’a récité un poème de Paul Laurence Dunbar, ce grand poète nègre que nous admirions tant.

Pendant que j’écrivais Rachel DuPree, j’ai lu un article sur l’importance de la poésie durant la fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième siècle. Les écoliers devaient apprendre des poèmes par cœur et en réciter des passages devant leurs camarades de classe. Les adultes en apprenaient aussi. C’était un passe-temps habituel, même pour les gens peu instruits. Déclamer de la poésie était souvent considéré comme un agréable divertissement lors de soirées entre amis, et on admirait beaucoup ceux qui étaient capables de réciter de longs passages de mémoire.

Rachel et Isaac DuPree vivaient avec leur époque. Si, de leur temps, c’était en vogue de mémoriser des poèmes, il fallait que je fasse une place à la poésie dans le roman. Au Chapitre Dix, pour se calmer les nerfs après sa frayeur d’avoir perdu Liz, Rachel lit « Le Chant de Hiawatha, » de Henry Wadworth Longfellow. Au Chapitre Dix-Sept, au cours des douleurs d’un accouchement difficile, Rachel entend Isaac réciter « La Chanson d’Amour d’un Nègre », de Paul Laurence Dunbar.

* * *

L’Histoire Très Ordinaire de Rachel DuPree est une œuvre de fiction, mais beaucoup des évènements et des expériences sont vécues. Un père a vraiment fait descendre sa fille à l’intérieur d’un puits. Un jeune garçon a bien vu une boule d’étincelles tourner tout autour de la cuisinière. Des gens bien réels ont cité des poèmes de Longfellow et de Dunbar. Grâce à ces touches authentiques, le roman n’est pas seulement l‘histoire d’une femme. C’est, je crois, une anthologie d’histoires personnelles de beaucoup de gens.

La Rachel DuPree Française
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